Histoire des bars et cafés lesbiens : un siècle d’histoire mondiale

Depuis le début du XXe siècle, des bars et cafés lesbiens ont offert aux femmes homosexuelles des espaces de refuge et de liberté. À travers le monde, ces lieux emblématiques – souvent clandestins à leurs débuts – ont joué un rôle social, culturel et politique crucial. Voici un parcours chronologique, sur différents continents, des établissements lesbiens les plus marquants et de leur influence sur la communauté lesbienne et LGBTQ+.
Années 1920-1930 : Les premiers refuges lesbiens émergent
Berlin, l’avant-garde de la République de Weimar
Dans l’Allemagne libérale des années 1920, Berlin voit naître certains des tout premiers clubs lesbiens. Le Damenklub Violetta (Berlin, 1926-1933) est considéré comme l’un des premiers bars/boîtes lesbiens au monde, rassemblant jusqu’à 400 membres. Fondé par Lotte Hahm – figure à la fois lesbienne et transgenre – il organise des bals et soirées dansantes qui offrent aux femmes un espace pour se rencontrer librement. Ce foisonnement berlinois est brutalement interrompu en 1933, lorsque l’arrivée des nazis au pouvoir entraîne la fermeture de Violetta et d’autres lieux pionniers.
Paris et les nuits de Montmartre
Montmartre devient dans l’entre-deux-guerres un haut lieu de la vie nocturne non-conformiste. Le Monocle, ouvert dans les années 1920 par Lulu de Montparnasse, est la plus célèbre boîte lesbienne parisienne de l’époque. Son nom vient du monocle, accessoire alors porté par certaines femmes pour signifier leur appartenance lesbienne. C’est un lieu mondain où se croisent artistes, intellectuelles et figures influentes. En 1940, l’occupation allemande met fin à ces nuits frivoles : Le Monocle ferme pendant la guerre.
Un autre lieu emblématique, Chez Moune, ouvre en 1936 à Pigalle. Ce club cabaret est décrit comme le premier club explicitement lesbien d’Europe avec danse et spectacle. Pendant l’Occupation, des soldats allemands montent même la garde à la porte, remplaçant les videurs habituels. Ce club restera un havre pour des générations de lesbiennes jusqu’aux années 1980.
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Années 1940-1950 : Entre clandestinité et solidarité communautaire

La répression et les stratégies de survie
Après la Seconde Guerre mondiale, la répression des homosexuels s’intensifie, notamment aux États-Unis où la chasse aux « déviants sexuels » sous l’ère McCarthy entraîne des descentes fréquentes dans les bars lesbiens. Des lois absurdes imposent aux femmes de porter un minimum de trois vêtements « féminins » sous peine d’arrestation. Cette période voit l’apparition de rôles butch/femme marqués, parfois comme simple stratégie de survie.
Le Gateways Club à Londres
À Londres, The Gateways Club, fondé en 1931, devient progressivement un haut lieu lesbien. Il fonctionne comme club privé et attire une clientèle diverse. Pendant les années 1950, alors que l’homosexualité est illégale pour les hommes en Grande-Bretagne, ce club offre un espace sûr et discret aux lesbiennes britanniques.
Années 1960-1970 : Libération sexuelle et visibilité accrue
L’impact de Stonewall
La fin des années 1960 marque le début d’une révolution pour les minorités sexuelles. L’émeute de Stonewall en 1969 à New York déclenche la formation du Front de libération gay et les premières Gay Pride. Bien que le Stonewall Inn soit principalement fréquenté par des hommes, sa révolte profite à toute la communauté queer, lesbiennes incluses.
Naissance des bars emblématiques
Dans les années 1970, la libération sexuelle favorise l’ouverture de nombreux bars et clubs lesbiens, souvent gérés par des femmes elles-mêmes. En Espagne, après la fin de la dictature franquiste, Daniel’s ouvre à Barcelone en 1975 et devient l’un des premiers bars lesbiens du pays. En Australie, Ruby Red’s ouvre en 1979 à Sydney, marquant l’émergence d’une scène lesbienne dynamique.
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Années 1980-1990 : L’âge d’or et les débuts du déclin
L’apogée des bars lesbiens
Dans les années 1980, les bars et clubs lesbiens font partie intégrante de la culture LGBTQ+. À San Francisco, Maud’s (1966-1989) reste bondé tous les soirs. À New York, plusieurs établissements se succèdent : Bonnie & Clyde’s, Cubby Hole (première du nom) et Henrietta Hudson (fondé en 1991, toujours ouvert). À Paris, Pulp devient une institution des années 90.
Les premiers signes du déclin
Dès les années 90, plusieurs facteurs annoncent la disparition progressive des bars lesbiens : l’intégration croissante des lesbiennes dans les bars mixtes, l’émergence d’Internet, la hausse des loyers dans les centres-villes et l’évolution des identités sexuelles vers des formes plus fluides.
XXIe siècle : Héritage, déclin et renouveau créatif
Un déclin mondial préoccupant
Au début des années 2020, le nombre de bars lesbiens traditionnels a dramatiquement chuté. Aux États-Unis, il ne restait qu’environ 15 bars lesbiens permanents en 2021, contre plusieurs centaines quelques décennies plus tôt. Londres n’a plus aucun bar lesbien fixe, tandis que Paris ne compte plus que La Mutinerie.
Nouvelles formes de sociabilité
Face à la raréfaction des bars fixes, la communauté lesbienne et queer s’adapte avec créativité. On voit émerger des soirées itinérantes, des collectifs féministes organisant des fêtes, et des cafés queer ouverts en journée. Bien que différents des bars traditionnels, ces espaces perpétuent l’héritage des bars lesbiens en offrant un lieu de rencontre et de culture.
En Conclusion
En un siècle, les bars et cafés lesbiens sont passés de la clandestinité à la célébration communautaire, puis, pour beaucoup, à l’oubli. Cependant, leur impact culturel et politique demeure immense. Ces lieux ont contribué à visibiliser l’amour entre femmes et à renforcer la communauté LGBTQ+. Aujourd’hui encore, ils restent des symboles de lutte et de fierté pour les générations futures.